(...) Claudio Abbado a depuis longtemps quitté les sphères de la stricte incarnation pour s'en aller vivre là où l'air n'est plus que musique. C'est un homme éternel de 75 ans, d'une jeunesse définitive, qui attaque avec une fureur de vivre intacte les premières mesures de l'ouverture. Extase et douleur se partagent la direction d'Abbado. Ce Fidelio ne ressemble à aucun de ceux entendus jusqu'alors.
Chaque inflexion du chant, chaque couleur d'instrument, chaque changement de rythme est d'une évidence qui fait du Mahler Chamber Orchestra, cet orchestre de jeunes créé par le maestro italien en 1997, le meilleur orchestre du monde. Abbado est un mage qui pousse chaque note dans ses retranchements, met les nerfs de la musique à vif.
Choeurs et chanteurs sont au meilleur : la lumineuse fille du geôlier, Julia Kleiter, le paranoïaque Albert Dohmen en gouverneur de la prison (Pizarro) et la ravageuse Leonore d'Anja Kampe, dont la vertu sous les habits d'homme viendra à bout du geôlier (Giorgio Surjan) pour sauver de la mort son Florestan de mari (Clifton Forbis). (...)